Rôle et missions des AESH dans l’école inclusive, aujourd’hui et demain
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Bénédicte Robert, Pierre Arene (IGÉSR), Laure De La Bretèche (IGAS)
Alors que, depuis près de vingt ans, l’école inclusive repose largement sur l’aide humaine, le rapport conjoint de l’IGÉSR et de l’Igas alerte sur l’essoufflement du modèle actuel, alerte largement partagée par les parties prenantes. À partir d’un état des lieux approfondi, il propose une refondation de l’accompagnement des élèves en situation de handicap, centrée à la fois sur la reconnaissance des AESH* et sur un virage structurel vers l’accessibilité pédagogique.
Le rapport conjoint IGÉSR–Igas sur les accompagnantes d’élèves en situation de handicap dresse un constat clair : principal levier de l’école inclusive depuis 2005, le dispositif d’aide humaine, reposant sur les AESH, toujours plus nombreuses (+70% depuis 2017), peine à répondre à la croissance des besoins. En témoignent, chaque année, les 10 % d’enfants en situation de handicap notifiés, mais laissés sans solution. Le rapport montre que les AESH portent le poids d’un système à bout de souffle et appelle, en 22 recommandations, à sa réforme urgente.
Améliorer et reconnaître le métier des AESH
Deuxième population de l’éducation nationale, les AESH exercent dans des conditions encore largement marquées par la précarité : temps incomplet, multi‑affectation, faible reconnaissance. Il est urgent d’améliorer leur qualité d’emploi.
La mission écarte l’hypothèse d’une fonctionnarisation des AESH à missions équivalentes. Outre les difficultés juridiques et budgétaires qu’elle soulève, elle estime que cette évolution statutaire ne répondra aux attentes que d’une partie des AESH dans sa mise en œuvre. En revanche, en écho aux difficultés concrètes rencontrées par les AESH, le rapport propose plusieurs mesures importantes de revalorisation, de stabilisation des affectations et de meilleure prise en compte des contraintes de terrain. La mission recommande également de créer de nouveaux métiers au service du développement de l’accessibilité pédagogique, sur statut de fonctionnaire et accessibles aux AESH.
Engager un véritable « virage de l’accessibilité »
Alors que les partenariats avec le secteur médicosocial et les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) ont déjà produit des effets positifs et vérifiables sur le terrain, la culture de la coopération doit encore se développer pour mieux associer les familles, partenaire fondamental du parcours de l’enfant, et définir des objectifs stratégiques communs avec les collectivités territoriales sur des données partagées.
A l’instar des pays voisins de la France et en prenant appui sur les travaux unanimes des chercheurs de l’éducation, il s’agit surtout d’engager un véritable « virage de l’accessibilité » au cœur de l’école. Celui-ci implique la création de nouveaux métiers - conseillers principaux et assistants d’accessibilité, issus notamment du vivier des AESH les plus expérimentées -, afin de mieux outiller les équipes et recentrer l’aide humaine sur des besoins plus ciblés. Les ressources de l’école inclusive (RASED, ERSEH, dispositifs ULIS, DAR)**constituent, à cet égard, de puissants leviers à conforter, pour mettre en œuvre cette stratégie refondée.
Au‑delà des AESH, c’est donc une stratégie globale de gouvernance et de professionnalisation de l’école inclusive que le rapport propose, avec des recommandations opérationnelles dès la rentrée 2026.
* Accompagnantes d’élèves en situation de handicap
**RASED (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficultés) ; ERSEH (enseignant référent de la scolarisation des élèves en situation de handicap) ; ULIS (unités localisées pour l’inclusion scolaire) ; DAR (dispositif d’autorégulation à l’école)