Les instituts médico-éducatifs au défi de la transformation de l’offre (IME)
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Cloé Chapelet, Dr Julien Emmanuelli, Christophe Itier (Igas)
Acteurs incontournables depuis des décennies dans l’accompagnement des enfants et adolescents en situation de handicap, les instituts médico-éducatifs (IME) sont aujourd’hui confrontés à des défis majeurs d’inclusion sociale et scolaire (tensions capacitaires, hausse et diversification des besoins…). Dans son rapport, l’Inspection générale des affaires sociales dresse un état des lieux des IME et propose des leviers pour assurer une ouverture effective vers le milieu ordinaire sur tout le territoire.
Avec 1 380 établissements et 74 700 places, les IME représentent 64% des capacités d’accueil des jeunes enfants et adolescents en situation de handicap. Pourtant, les informations disponibles demeurent insuffisantes pour éclairer les débats, parfois polarisés, sur leur rôle.
La mission a dressé un état des lieux de la diversité des IME (profils accompagnés, tailles, modalités d’accueil, partenariats, ressources territoriales) et des évolutions qui les traversent.
Sous l’impulsion des politiques d’inclusion et de la transformation en dispositifs intégrés médico‑éducatifs (DIME), les IME s’ouvrent progressivement vers le milieu ordinaire, afin d’ajuster leurs réponses selon les besoins.
Une transformation de l’offre freinée par des tensions persistantes
Cette dynamique positive se heurte toutefois à des tensions capacitaires hétérogènes (en moyenne 50 places pour 10 000 jeunes, avec de fortes sous‑dotations dans certains départements), à des listes d’attente parfois très importantes et encore peu objectivées, à la pénurie de ressources en pédopsychiatrie et, enfin, à des difficultés de coopération avec le champ sanitaire et l’Éducation nationale, notamment au collège et au lycée.
Parallèlement, les profils accueillis deviennent plus complexes (hausse des troubles du spectre de l’autisme et des troubles du développement intellectuel sévères, troubles associés...), sans adéquation suffisante des moyens, tandis que les parcours de sortie sont fragilisés par une offre adulte encore inadaptée.
A tous ces égards, les IME demeurent indispensables, pour les situations les plus complexes comme lieux‑ressources et de repli sécurisant, mais aussi pour soutenir des parcours inclusifs réellement individualisés.
Vers une inclusion plus équitable, au plus près des besoins des enfants
La mission formule des recommandations opérationnelles pour conduire les transformations tout en maîtrisant les risques d’exclusion comme de dégradation des accompagnements :
plan de rattrapage capacitaire dans les départements les plus sous‑dotés ;
fiabilisation et pilotage des listes d’attente ;
renforcement des pôles de compétences et de prestations externalisées /équipes mobiles ;
actualisation du cadre réglementaire, incluant une définition de périodes minimales d’ouverture ;
consolidation des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (formation, solutions de répit, partenariat, communication alternative et améliorée, insertion professionnelle, coordination avec l’ASE) ;
poursuite des créations d’unités d’enseignement externalisées et d’espaces inclusifs dans chaque établissement scolaire ;
outillage du suivi des temps réels d’accompagnement ;
appui aux familles ;
stratégie nationale 16‑25 ans, pour sécuriser les transitions et l’accès à l’emploi.
Ces évolutions conditionnent une inclusion effective et équitable, au plus près des besoins de chaque enfant et de chaque territoire.